Les Caresses du garde du corps extrait

Luke Indigo gara sa voiture en face du café Hang Tough, un restaurant de petite taille, mais renommé, dont le personnel consiste en des repris de justice essayant de prendre un nouveau départ et dont la gérante est une religieuse renégate. Luke était déjà allé à Hang Tough – cet établissement faisait les meilleurs carnitas de Los Angeles. Il s’agissait d’un endroit parfait pour manger et pour soutenir une bonne cause, mais il était encore contrarié du fait que Katherine Bailey avait insisté pour le rencontrer ici plutôt qu’aux bureaux de Frontline Inc. La criminalité était élevée dans ce quartier, le café servait un public difficile et la terrasse extérieure spacieuse qui jouxtait un petit parc avait beau être étonnamment agréable, y assurer la sécurité était un vrai cauchemar.

Les gros bonnets d’Hollywood préféraient en général tenir leurs réunions dans des endroits plus chics afin de pouvoir montrer au monde leur argent. En choisissant le café Hang Tough, Bailey lui envoyait peut-être un message sarcastique : moi, riche actrice célèbre ; vous, pauvre garde du corps que je rencontre uniquement, car mon manager a insisté.

Peut-être espérait-elle aussi que les paparazzis la voient et affichent sa photo partout sur le Web, ou peut-être, fidèle au stéréotype des vedettes, elle s’était dit qu’elle aurait des carnitas gratuits à vie juste pour s’être pointée à ce café.

Il était impossible de savoir ce que les riches et les célébrités pensaient ou pourquoi ils faisaient ce qu’ils faisaient. Mais de ce que Luke avait pu voir, les riches et les célébrités ne faisaient jamais rien sans que cela puisse leur être bénéfique.

Sortant de sa voiture, Luke repéra immédiatement Bailey assise à une table en face du café, le plus près possible du parc. Selon son manager, elle avait reçu plusieurs menaces de mort au cours de ces deux derniers mois, et elle se trouvait pourtant là, assise à l’extérieur sans aucune protection, s’exposant complètement à n’importe quel passant ou une balle provenant de n’importe lequel de ces bâtiments et rues alentour.

Stupide. Stupide et arrogant, pour ne pas dire dangereux. Elle serait un cauchemar à protéger. Peut-être même pire que le sénateur qui avait porté un uniforme de femme de ménage et une perruque pour sortir en douce alors qu’il était censé dormir, et tout ça pour pouvoir avoir un putain de hamburger. L’imprudence de Bailey mettait en évidence le fait qu’elle avait besoin d’un garde du corps, mais ça en disait long sur le fait que Luke avait dès le début été réticent à accepter ce travail.

Il avait passé bien plus d’une nuit pitoyable dans sa carrière à surveiller une célébrité égoïste et pourrie gâtée. La dernière pour laquelle il avait travaillé était sujette aux crises de colère et adorait dire à tout le monde autour d’elle qu’ils devraient se courber et lui embrasser les pieds. En fait, elle avait voulu que Luke lui embrasse bien plus que les pieds. Lorsqu’il avait refusé, elle était tout d’abord devenue hystérique puis hostile. Elle avait commencé à jouer encore plus avec le feu, se mettant non seulement en danger, mais également Luke et ses hommes. Il haussa les épaules à ce souvenir. Cela avait été les quatre semaines les plus longues de sa vie.

En étouffant un juron, Luke claqua la portière de sa voiture juste au moment où Bailey se leva et s’étira. Il était lui-même assez obsédé par les vêtements, préférant les costumes sur mesure comme celui qu’il portait en ce moment lorsqu’il travaillait, mais la tenue de Bailey – une combinaison-pantalon blanche aux jambes larges et au décolleté carré – faisait d’elle une cible encore plus importante. Une ceinture au niveau de sa taille mettait également en valeur chacun de ses atouts et son décolleté mettait en valeur son dos et ses épaules dénudés. Ses talons compensés accentuaient son allure allongée et agile, ses lunettes de soleil démesurées et son rouge à lèvres écarlate démontraient à quel point elle aimait attirer l’attention, ce qui n’était pas du tout surprenant étant donné la profession qu’elle avait choisie. La seule chose discrète dans son apparence était sa chevelure. Les mèches rousses, normalement libres et ondulantes jusqu’à sa taille, avaient été rassemblées en arrière en une tresse négligée. Tout en elle faisait d’elle une déesse du sexe, attirant le regard de tout le monde autour d’elle.

Amenant les instincts les plus bas de Luke à se révéler. Bon sang, elle était magnifique.

Tout à coup, malgré le fait qu’il essayait de maintenir son attention sur sa sécurité, il était envahi par l’envie de libérer ces vagues rousses épaisses de cette tresse et de prendre ces longues mèches dans ses poings alors qu’il embrasserait ses lèvres. Il voulait plonger sa langue dans les replis chauds et humides de sa bouche alors que son corps fondrait contre le sien. Il pouvait presque sentir sa chaleur et sa douceur, les angles durs de ses côtes et la courbe de sa taille.

Secouant la tête, Luke marcha à grands pas vers le trottoir et s’arrêta sur le bord pour attendre le feu vert et pour laisser passer un groupe de motards. Bailey avait arrêté de s’étirer, mais elle restait debout, regardant en direction du parc. Il regarda rapidement dans la même direction, ne vit rien d’anormal, puis redirigea son regard vers elle. Il serra les poings alors qu’une autre explosion de désir le frappa.

Luke avait lu les rapports de photos dénudées qui circulaient sur elle sur internet, prétendument divulguées par son ancien directeur et ex-copain infidèle, Ray Hamilton, mais il ne les avait jamais regardées. Son imagination, cependant, associée aux photos des couvertures de la presse à scandales qu’il avait vues d’elle en bikini à la plage, lui avait mis l’eau à la bouche. Bon sang, il aimerait tellement sucer l’un de ses seins et goûter son téton dur, laisser sa main explorer les profondeurs humides entre ses jambes.

Merde.

Il était vraiment en train de s’éloigner du sujet. Il était ici en tant que garde du corps. Elle était une cliente potentielle, pas une partenaire sexuelle potentielle. Son apparence et sa sensualité naturelle étaient hors de propos. La réponse qu’il avait pour elle était hors de propos. La seule chose importante était d’obtenir les informations nécessaires pour déterminer s’il voulait travailler pour la protection de Kat Bailey.

Le feu passa au vert et Luke traversa la rue, toujours conscient de la présence de son pistolet dans son étui d’épaule. N’importe qui pouvait être une menace et il aurait besoin d’agir rapidement pour l’aider si cela devenait nécessaire.

Un labrador sable couvert de boue et portant un lourd bâton dans sa gueule se mit à courir vers elle depuis le parc. Le chien s’assit et plaça ses grosses pattes sales sur le devant du pantalon blanc immaculé de Bailey.

Luke attendit qu’elle arrive – cette crise de colère qu’il savait aller survenir –, mais plutôt que de se mettre à crier, elle pencha la tête en arrière et rit. Elle caressa généreusement le chien derrière les oreilles et sa voix basse de contralto porta malgré le bruit de la circulation.

— Quel bon chien ! Tu es un gros chien, n’est-ce pas ? Oui, tu es un gros chien. On joue ? Tu veux jouer ?

Mais pourquoi donc la saleté qui était maintenant en train de tacher ses vêtements ne la dérangeait-elle pas ? Et, bon sang, cette femme pouvait faire ressembler des mots gentils pour un chien à une invitation à partager son lit.

En se disant mentalement Putain de merde, il secoua la tête, déterminé à se débarrasser de l’envoûtement qu’elle avait réussi à lui procurer à trois mètres de distance. En ce moment, Luke s’imaginait qu’il devait ressembler à ce chien haletant. Il la fixait pratiquement comme un gosse en rut et aux yeux rêveurs.

Il n’était pas le seul. Elle avait captivé l’attention de tous les hommes alentour, y compris un sans-abri qui provenait du parc et se dirigeait vers elle.

Luke accéléra le pas. Lorsque le chien se dirigea rapidement en direction de la route loin de l’endroit où se trouvait Luke, Bailey laissa échapper un cri perçant et se mit à courir après lui.

Putain ! Elle allait finir par être blessée en essayant de protéger le chien. Luke s’élança à sa poursuite, sachant qu’il était peut-être déjà trop tard et détestant le fait que sa beauté le distrayait autant. Il courut vite, mais il était encore loin lorsque deux voitures dérapèrent à juste quelques centimètres d’elle. Sans même sembler décontenancée, elle attrapa le collier du chien, sourit et fit un signe de la main aux conducteurs. Elle dirigea le chien vers le sans-abri.

Le cœur de Luke frappait contre son torse. Parmi toutes les choses idiotes et folles à faire ! Il voulait la placer sur ses genoux et lui donner la fessée pour son imprudence. Puis lui redonner la fessée, mais pas pour la punir. Pour leur donner du plaisir à tous les deux.

Une petite goutte de sueur coula le long de sa tempe. Oh, bon sang. L’idée de donner la fessée à Kat Bailey était tellement tentante que sa bite avait durci, tellement que le devant de son pantalon était maintenant bombé.

Il en était maintenant sûr.

Il ne pouvait pas accepter le travail consistant à être son garde du corps. Il n’avait même pas encore parlé à cette femme et il était déjà plus qu’attiré par elle. Il se sentait possessif vis-à-vis d’elle de manière insensée et cela compromettrait la relation cliente/garde du corps.

Alors que Luke observait, le sans-abri récupéra son chien, échangea quelques mots avec Bailey, puis retourna dans le parc. Après qu’ils soient partis, elle se rassit sur sa chaise. Luke s’éloigna pour qu’on ne puisse pas l’entendre et il sortit son téléphone.

Le manager de Bailey décrocha à la première sonnerie.

— Charlie, c’est Lucas Indigo. C’était important pour lui de toujours utiliser son nom complet au travail ; Luke était réservé à sa famille et à ses amis.

— Indigo, n’es-tu pas censé être en rendez-vous avec Kat Bailey en ce moment ?

Il garda un œil sur elle, non seulement parce que quelqu’un pourrait essayer de l’assassiner dans les prochaines minutes, mais parce qu’il ne semblait pas être capable de détacher son regard. Sa bite pulsa de nouveau, lui rappelant avec peine que cet appel téléphonique était nécessaire.

— J’ai eu un imprévu inévitable. Veux-tu bien lui transmettre mes excuses, je ne vais pas être en mesure de la prendre comme cliente pour le moment.

Charlie soupira.

— C’est décevant. Frontline Inc. est la meilleure compagnie. C’est la seule raison pour laquelle elle a accepté de te rencontrer.

— Je suis désolé de devoir dire non. Appelle Guy Myers de la compagnie Myers International. J’ai déjà travaillé avec lui et il a un personnel compétent et professionnel. Dis-lui que c’est moi qui t’envoie.

Ouais, Frontline Inc. voulait agrandir sa clientèle, surtout depuis qu’ils élargissaient leur compagnie à San Francisco, mais Myers International  sera en mesure d’assurer la sécurité de Kat.

— Tu es sûr de ta décision ? Je pourrais te payer plus que le tarif habituel…

— Je n’essaie pas d’obtenir plus d’argent. Je suis juste dans l’incapacité d’accepter ce travail.

Charlie soupira bruyamment.

— Très bien. Je ferais mieux d’appeler Kat maintenant pour le lui dire.

Luke raccrocha. Il observa Bailey lorsqu’elle répondit au coup de téléphone et fronça les sourcils en entendant ce que son interlocuteur lui disait. Elle jeta son téléphone dans son sac à main. Mais plutôt que de rassembler ses affaires et de partir, elle se rassit et continua à boire son café, souriant de temps en temps sans raison apparente, même si quelque chose concernant ce sourire semblait un peu forcé. Peu de temps après, un couple de personnes âgées accompagnées de deux garçons adolescents s’approchèrent d’elle d’un air nerveux. Les enfants se bousculaient l’un l’autre. Kat retira ses lunettes soleil. Ils discutèrent pendant quelques secondes puis l’un des garçons se tint derrière elle tandis que l’autre prit une photo avec son téléphone. Les deux garçons échangèrent leurs places et une autre photo fut prise avant qu’ils ne repartent en souriant.

Elle était courtoise avec ses fans, ce qui étonna Luke. Dans son expérience, la plupart des vedettes ne le sont pas, sauf s’il y a des appareils photo aux alentours pour saisir le moment et faire de la publicité. Elles ne parlaient pas aux fans ni ne prenaient de photos avec eux. La plupart des vedettes qu’il protégeait avaient des règles insensées concernant les interactions avec les gens. Il avait même travaillé pour un homme qui avait exigé qu’aucun membre de son personnel ne le regarde dans les yeux et que toute personne touchant ses plats devait porter des gants.

Kat Bailey était un paquet sexy de surprises et il voulait en savoir plus sur elle. Mais ce n’est pas ce qui allait se passer. Malgré l’effet qu’elle produisait sur son corps, ils n’avaient rien en commun. Elle l’avait peut-être surpris en semblant terre-à-terre, mais il avait rencontré plusieurs actrices célèbres et elles avaient toutes agi comme des divas. C’étaient celles qui, au restaurant, renvoyaient sans cesse leurs plats en cuisine en levant les yeux au plafond, car « Est-ce vraiment si difficile ? » Celles assises au bar avec leurs robes « regardez-moi », mais prétendant être agacées chaque fois qu’un homme essayait de les aborder. Celles dont il était difficile de résister, s’infiltrant dans le cœur des hommes avant qu’ils ne puissent s’en rendre compte, fougueuses et irrésistibles avec une confiance hors pair. Mais au bout du compte ? Difficiles. Manipulatrices. S’appropriant tout l’oxygène de chaque pièce.

Non merci.

Si jamais Luke se décidait un jour à se caser pour de bon, il voudrait que ce soit avec une femme beaucoup plus simple, attirante, intelligente et gentille bien sûr, mais pas prétentieuse. Une femme qui respecterait ses opinions et ses compétences.

Bailey était bien trop belle et bien trop célèbre. Ils provenaient de mondes bien trop différents. Et le pire était qu’elle désirait à tout prix la célébrité, mais ne prenait pas sa sécurité au sérieux.

Et il s’agissait de quelque chose que Luke ne pourrait jamais accepter.

 

***

 

À l’extérieur du café Hang Tough, Kat Bailey sourit pour des photos avec deux fans adolescents alors qu’elle essayait de ralentir les battements rapides de son cœur.

Tu peux le faire, Kat. C’est juste un peu d’anxiété. Ça va passer.

En effet, après que les photos aient été prises et que la famille soit partie en murmurant des mercis, elle réussit à retrouver son sang-froid.

Elle but une gorgée de son café, soulagée que sa main ne tremble pas. Mais tout de même, le fait que le coup de téléphone de Charlie ait accentué son anxiété l’agaçait. Ce qui avait également été le cas lorsqu’elle était arrivée au café. Il n’y a pas si longtemps, elle avait cru que tout cela était derrière elle. Malgré les demandes de son travail et les apparitions qu’elle devait faire, cela faisait des années qu’elle n’avait pas souffert d’anxiété. Mais arrivèrent ensuite le scandale public avec Ray et les menaces de l’un de ses fans, ce qui avait entraîné un retour de son anxiété. Elle était cependant déterminée à ne pas laisser cette anxiété l’empêcher de vivre une vie normale – du moins le peu de vie normale qu’une actrice célèbre pouvait avoir. C’était la raison pour laquelle elle avait voulu rencontrer ce garde du corps ici. Pour être en territoire neutre afin de se sentir plus en contrôle au cours de leur rencontre, mais aussi pour prouver qu’elle pouvait encore s’asseoir à la terrasse d’un café comme n’importe qui, et ce, sans que rien de terrible n’arrive.

Malgré cela, elle n’était pas idiote.

Elle avait du renfort au cas où quelque chose arriverait.

Parcourant des yeux le parc jouxtant le café, elle sourit en voyant le grand homme sans-abri qui jouait avec son chien. Croisant son regard, elle lui fit un signe de la main. Il salua de la tête et se dirigea vers elle.

Le chien, une femelle labrador sable nommé Mamie, arriva vers elle en premier. Plutôt que de sauter de nouveau sur Kat, elle s’assit à ses côtés, haletant joyeusement. Kat la caressa derrière les oreilles.

— Eh bien, re-bonjour, ma jolie. Tu as fini de jouer ?

Le sans-abri, qui en réalité n’était pas du tout un sans-abri, mais plutôt son ami, Ben, un acteur prétendant être un sans-abri, marcha jusqu’à sa table, se vautra sur une chaise en face d’elle et soupira.

— Eh bien, j’ai fini de jouer. La Méthode est une vraie torture, dit-il en étirant ses longues jambes. Ça fait des heures que je fais la même chose et mon visage me démange comme pas possible.

Elle pencha la tête et l’étudia.

— La barbe est super, cependant. Si je n’étais pas au courant, je jurerais qu’elle est réelle.

Il tira sur les faux poils de son visage.

— Merci. J’aurais juste préféré qu’ils n’attendent pas que ce soit juste deux semaines avant le tournage pour me donner le rôle. J’aurais alors pu laisser pousser ma propre barbe.

— Mais Sergio déteste la barbe, dit-elle pour le taquiner.

Les sourcils de Ben se rejoignirent.

— Sergio m’a également plaqué l’année dernière, sans même prendre la peine de me dire pourquoi, juste pour pouvoir jouer de manière convaincante un caractère qui se trouvait dans une période de dépression. Crois-moi, il n’oserait pas se plaindre.

Kay grimaça en se souvenant à quel point Ben avait été dévasté lorsque Sergio l’avait soudainement plaqué. Il avait fallu presque un mois à Sergio pour convaincre Ben que cela n’avait été en fait qu’une partie de son processus et pour le reconquérir. Bon Dieu, les acteurs sont vraiment dérangés.

Tendant la main, elle tira sur une mèche des cheveux hirsutes de Ben. Quelle paire ils faisaient tous les deux. Lui, sale et barbu ; elle, vêtue de son tailleur pantalon blanc avec les taches laissées par Mamie lorsqu’elle lui avait sauté dessus. Elle s’était sentie vraiment ridicule avec ce tailleur pantalon pour son rendez-vous, mais la séance photo qu’elle avait programmée avant avait pris du retard. Elle avait préféré apparaître comme la sorte de diva qui porte des habits excentriques à un rendez-vous professionnel plutôt que la sorte de diva qui n’arrivait pas à l’heure.

— Eh bien, dit-elle, en tout cas moi, je suis heureuse qu’ils t’aient rappelé. Il y a un an, tu faisais des publicités pour Pepto-Bismol et maintenant regarde-toi, l’acteur principal d’un film fait pour la télévision qui pourrait très bien se transformer en série.

Il hocha la tête.

— Je suis ravi, crois-moi. Il faut juste que je m’y habitue. Mais parlons d’autre chose. Où est ton garde du corps ?

— Annulé.

— Merde. Il la regarda de plus près. Tu te sens anxieuse ?

— Non, répondit-elle automatiquement.

Il haussa un sourcil.

Elle ouvrit la bouche, la referma et haussa les épaules.

— Tu as toujours réussi à savoir quand je ne dis pas la vérité, déjà au lycée, marmonna-t-elle.

— Alors pourquoi essaies-tu de me mentir ?

— Par habitude.

— Non, c’est que tu prends les leçons de ton père très au sérieux. Ne jamais les laisser s’apercevoir que tu transpires, c’est ça ?

Elle ricana.

— J’ai beaucoup transpiré. Bien avant d’avoir reçu ce bouquet de fleurs mortes sur le seuil de ma porte l’autre jour. Je ne comprends toujours pas comment cette personne a réussi à passer les portails pour les placer là. À quoi ça sert d’avoir des mesures de sécurité si quelqu’un peut les contourner si facilement ?

Ben tendit le bras et lui prit la main.

— Ce genre de choses n’arriverait pas avec un garde du corps. Un professionnel compétent ne laisserait plus jamais quelqu’un s’approcher si près de toi. Maintenant, dis-moi pourquoi le gars avec lequel tu avais rendez-vous a annulé.

Elle serra sa main.

— Charlie a juste dit que M. Indigo avait refusé l’offre et nous avait conseillé une autre compagnie. C’est peut-être un signe.

— De quoi ? Tu as besoin d’un garde du corps.

— Pas si je pars, dit-elle doucement.

Il cligna des yeux.

— Quoi ?

Elle déglutit avec difficulté, incertaine si elle serait capable d’expliquer ce à quoi elle avait pensé dernièrement, mais il s’agissait de Ben. Elle finit par se lancer.

— J’ai besoin d’un garde du corps parce que j’attire l’attention du public. Parce que je suis une actrice célèbre. Parce que mon ex m’a trompé et a publié des photos dénudées de moi, et qu’un de ses fans dérangés a décidé qu’il était la victime et il veut me faire du mal. Mais si je pars, si je…

— Si tu quoi ? Si tu arrêtes de sortir en public et tu t’enfermes de nouveau dans ton appartement ? Je croyais que tu étais déterminée à ne pas devenir comme ta mère ?

Elle prit un air renfrogné et retira sa main de la sienne.

— Je ne vais pas devenir comme ma mère. Mais je ne veux pas non plus d’une vie où j’ai besoin d’un garde du corps.

— Tu as besoin de prendre ces menaces au sérieux en ce moment. Cela ne veut pas dire que tu auras toujours besoin d’une protection. Et même si ça devenait le cas… tu adores le métier d’actrice. Et la réalité est que tu es célèbre. Tu as travaillé vraiment dur pour devenir célèbre. Tu ne peux pas abandonner tout ça juste parce que tu ne veux pas dépendre de quelqu’un pour ta protection.

— Mais je ne veux pas dépendre de quelqu’un pour ma protection, dit-elle. Dépendre d’autres personnes pour ma protection va me rendre imprudente. Cela met aussi l’autre personne en danger. Je préfère prendre les risques pour moi-même et si quelque chose arrive, c’est la vie. Au moins ce serait de ma faute et ça n’arriverait qu’à moi.

— Mais c’est le boulot de cette personne…

— Personne ne s’attend à ce que quelque chose leur arrive, Ben, mais ça pourrait. Quelqu’un pourrait être blessé. Ou tué. À cause de moi. Et je ne sais pas si je pourrais vivre avec ma conscience si cela arrivait.

— Au moins, tu serais vivante pour le découvrir ! rétorqua-t-il. Et si tu engages quelqu’un de compétent, il ne va rien arriver à personne. C’est le but.

Elle haussa les épaules.

— Peut-être. Peut-être que non. Mais il semblerait que le meilleur dans le métier ait refusé le travail. Ce que je dois décider est si je veux engager la deuxième meilleure compagnie.

— Il n’y a rien à décider. Tu sais que c’est ce que tu dois faire, Kat. Ne reviens pas sur ta décision maintenant.

Elle le fixa. Elle vit sa détermination et la sentit l’envahir. Il perdait rarement son sang-froid avec elle ni ne devenait autoritaire, mais il était inquiet. Et il avait raison de s’inquiéter même si elle aurait souhaité qu’il ne le soit pas ; ces fleurs mortes déposées sur le seuil de sa porte en étaient la preuve.

— Je veux juste vivre ma vie. Est-ce trop demander ?

— Bien sûr que non. Mais on a tous nos fardeaux, ma puce. On se fie à notre force intérieure et à ceux qui nous entourent pour nous aider à les surmonter. Par exemple ce soir tu vas me tenir compagnie pendant que Sergio est absent…

La bouche de Kat se tordit.

— Et puis demain tu vas m’accompagner rendre visite à ma mère agoraphobe. Un vrai ami en effet.

— Arrête. J’adore ta mère et je suis heureux d’aller lui rendre visite.

— Je sais. Et elle est parfois plus heureuse de te voir que de me voir moi.

Il sourit et fit un clin d’œil, et le poids qui écrasait la poitrine de Kat s’allégea.

— C’est le cheesecake , dit-il. Ben accompagnait Kat rendre visite à sa mère environ une fois par mois. Il était la seule personne, en dehors de Kat, qu’elle laissait entrer dans sa maison, et chaque fois qu’il venait, il lui apportait toujours un cheesecake fait-maison.

— Je sais. C’est pourquoi je t’adore, dit Kat pour le taquiner. Ça et le fait que j’aime passer du temps avec Sergio et jouer avec Mamie.

En entendant son nom, Mamie leva la tête et lécha la main de Kat. Elle mit son visage près de celui du chien et toucha son museau avec son nez.

— Je pense que j’ai plus besoin d’un chien que d’un garde du corps.

— Ma puce, c’est d’un homme dont tu as besoin.

Elle se redressa en arborant un air renfrogné.

— Tu te souviens de ce qui s’est passé la dernière fois que j’ai eu un homme, n’est-ce pas ?

— Ray est un abruti. Tu ne peux pas laisser ce qu’il t’a fait t’empêcher d’avoir une vie et de t’amuser. Si tu fais ça, il gagne. De plus, tu n’as pas besoin d’avoir une vraie relation. Trouve-toi un mec chaud, ramène-le chez toi, baise-le jusqu’à être rassasiée et revois-le chez lui. S’il a un beau petit cul, donne-lui une petite tape en le raccompagnant à la porte.

Elle secoua la tête.

— Merci pour le conseil, mais je pense que je vais l’oublier. Je ne veux pas d’un homme qui veut se faire une actrice célèbre. Et c’est tout ce que ça serait.

— Tu te fais des illusions si tu penses que les hommes veulent te baiser parce que tu es une actrice célèbre. Voici une idée, trouve-toi un homme pour te protéger et un homme pour baiser. De préférence avant que je ne parte en tournage. Ça me rassurerait de savoir que l’on prend soin de toi.

Elle plissa le nez.

— Je n’ai pas envie que tu ailles au Connecticut. Tu vas me manquer.

— Tu vas aussi me manquer, éperdument. Mais tu peux me rendre visite à Mystic dès que tu le souhaites.

— Est-ce que Sergio t’accompagne toujours ?

— Tu plaisantes ? Il ne me laisserait jamais partir à cinq mille kilomètres sans lui. Il veut prendre soin de moi et, contrairement à toi, je vois les avantages à laisser un homme faire ça.

— Tu es tombé sur la perle rare avec Sergio. Il est vraiment la perle des hommes.

Il tendit le bras et reprit sa main dans la sienne.

— Je suis tombé deux fois sur une perle rare.

Elle sentit son cœur fondre.

— Merci pour tout. Mais avec toi c’est « qui aime bien, châtie bien » et maintenant c’est mon tour. Retourne travailler. Je vais rentrer chez moi et me préparer pour notre soirée film. Mais…  Elle souffla et dit : Mais seulement après avoir appelé Charlie pour prendre un rendez-vous avec cette autre compagnie de gardes du corps.

Il sourit.

— C’est ce que je voulais entendre, dit-il.

Alors qu’il emmenait de nouveau Mamie vers le parc, elle jeta un coup d’œil à sa montre. Si elle attendait encore cinq minutes, elle aura passé une demi-heure à ce café et mis à part cette petite crise d’anxiété dont elle avait souffert après l’appel téléphonique de Charlie, elle avait passé un bon moment. Comme Ben lui avait dit un peu plus tôt, elle remerciait son père pour ça. Malgré son anxiété, elle avait gardé un air confiant. Elle avait souri. Et elle avait survécu.

Fais semblant jusqu’à ce que tu y arrives, n’est-ce pas, papa ?

Si Richard Bailey ne souffrait pas d’anxiété, Kat et sa mère en souffraient. Et malgré le stress et les heures interminables qu’il a passées en tant que membre du Congrès, il leur avait toujours accordé beaucoup de temps et il avait toujours été très patient, leur apprenant des astuces pour se distraire et garder un air confiant.

C’était la leçon la plus importante que son père lui avait apprise avant de mourir : si elle gardait un air confiant, elle se sentirait en confiance et les gens répondraient en conséquence.

— Avoir l’air peu sûr de soi est ce qui fait que les gens deviennent des victimes, Kat, lui avait dit son père. Si tu parais confiante, les gens vont te laisser tranquille la plupart du temps.

Kat était devenue très forte pour paraître confiante. Elle l’avait fait pendant des années et avait réussi une carrière d’actrice grâce à ça. Une carrière qu’elle n’allait pas abandonner sans se battre.

Ben avait raison. Pas sur le fait de trouver un homme à baiser, mais sur le fait qu’elle aimait la carrière pour laquelle elle avait travaillé dur et sur le fait qu’elle devait trouver quelqu’un pour la protéger, temporairement, jusqu’à ce que ce vent de folie disparaisse. Cela ne lui plaisait pas, mais elle ferait avec.

Sept minutes plus tard, elle rassembla ses affaires. Elle attrapa son sac à main et se dirigea vers le parking où elle avait garé sa voiture. Pour le moment, elle allait se concentrer pour engager le meilleur garde du corps qu’elle pouvait trouver, même s’il était techniquement le deuxième meilleur.

Pas de problème, M. Indigo. J’ai survécu à aujourd’hui. Je vais continuer à survivre. Avec ou sans vous.

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